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Magali, enseignante agrégée en physique-chimie de 1999 à 2008. Vient de faire cette année (2013) une demande de poste adapté.

Enseigner en classe est une source de stress inouïe pour moi : avant chaque heure de cours je dois exactement planifier chaque moment du cours, le vivre dans ma tête, comme si j’apprenais un rôle avant de rentrer en scène. Si lorsque dans un cours quelque chose ne se passe pas comme je l’ai anticipé (et cela arrive très souvent bien sur), cela m’est très angoissant, je perds mes repères, n’arrive plus à me concentrer et mobilise toute mon énergie pour savoir comment répondre, quoi faire à tel moment, à qui donner de l’attention, etc... (Les relations sociales ne sont pas intuitives et j’observe beaucoup la personne en face pour la copier, pour anticiper sur les questions que je dois poser, sur mon comportement à adopter. Quand je suis face à une personne seule, c’est assez facile, mais quand je suis devant des élèves c’est la panique.)

Je crois tout ce que les élèves disent, je ne sais pas faire la distinction entre le faux et le vrai. Je n’imagine pas que l’on puisse me mentir.

J’ai une hypersensorialité auditive, qui fait que j’entends tous les sons sans pouvoir les filtrer, donc tout arrive en même temps, donc j’ai du mal à me concentrer sur quelque chose ou quelqu’un s’il y a du bruit ou d’autres conversations autour.

J’ai beaucoup de mal à gérer mes émotions, qui montent d’un coup et sortent sans que je puisse les canaliser. Lorsque je ne contrôle plus mon environnement, qu’il y a trop de stimuli sonores, je panique et peux me mettre en colère de manière très inattendue et impressionnante pour les autres.

En conséquence, je ressors d’1h de cours en sueur, épuisée.

Les élèves me considéraient je pense comme une prof sympathique mais trop gentille, et avec un avis très différent des autres profs concernant certaines choses comme leurs choix d'orientations, parce que je ne les jugeais pas, je ne les mettais pas dans des cases peut-être ? Les élèves en difficultés étaient surpris de voir que je les pensais capable de réussir, que je croyais en eux. Pour les rassurer je leur disais que moi aussi j'étais pire qu'eux en seconde, je rendais feuille blanche aux devoirs de physique... Ils ne me croyaient pas bien sur, et pourtant...

Pour échanger avec eux je me mettais à leur niveau, sans distance (je ne sais pas faire autrement), j'adoptais leur façon de parler, quelle qu'elle soit. Au final, j'étais bien plus à l'aise avec un petit groupe d'élèves (2 ou 3, pas plus) qu'avec mes collègues, qui me trouvaient trop familière avec eux...

Je passais les récrés devant un écran d'ordi. Si j'allais en salle des profs, je voyais tout le monde en groupe, parler, mais pour moi impossible de m'insérer dans une conversation, de m'imposer, de maintenir une conversation, à par "Bonjour, ça va ?".

Lorsque j'arrivais au Lycée je faisais attention d'y aller en pleine heure de cours pour ne croiser personne.

Au final je suis infiniment soulagée de ne plus être en face d'élèves... Je me demande simplement comment j'ai pu faire pour survivre, et je me dis que mes cheveux blancs sont là pour témoigner de ces années de labeur et d'anxiété.

Tag(s) : #Témoignages

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