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Aujourd'hui, nous sommes intervenues, la psychologue de l'association Autisme Paca et moi, dans un collège, afin de sensibiliser les professeurs et les élèves à la problématique du syndrome d'Asperger.

Nous avons eu une première réunion avec la CPE (conseillère pédagogique d'éducation), le proviseur adjoint, le (la) médecin scolaire et une équipe de professeurs d'un jeune ado avec syndrome d'Asperger.

Ces personnes-là se sont montrées très intéressées par le sujet, et leur sympathie m'a mise à l'aise. La psychologue expliquait le syndrome d'Asperger au niveau théorique, et je rajoutais quelques explications "pratiques", de vécu personnel.

Nous avons ensuite rencontré la classe du jeune homme aspie (lui n'était pas là pour cette sensibilisation).

Là également, j'ai été très impressionnée par l'intérêt de ces élèves à essayer de comprendre la "maladie" (comme ils l'appellent) de leur camarade.

J'ai demandé dès le début leur participation en proposant une réflexion sur la différence. Le premier petit exercice consistait à déterminer des similitudes et des différences avec son voisin ou sa voisine (physiques, psychologiques, au niveau des intérêts, des origines, etc...). Puis ma 2ème question était : pourquoi pensez-vous que souvent les gens différents sont rejetés ? (par exemple les personnes handicapées physiques, ou mentales, ou qui ont l'air bizarres, ou pas la même couleur de peau, pas la même langue parlée...). Il y a eu plusieurs réponses "parce qu'on est pas pareil", "parce qu'on a peur" et j'ai conclu qu'effectivement la différence, c'est l'inconnu, et on a peur de cela, on a peur de ce qu'on ne connaît pas, de ce qu'on ne comprend pas. Je leur ai demandé s'ils n'aimeraient pas essayer d'entrer en relation avec la personne différente, pour comprendre ce qu'elle vit et comment elle le vit... beaucoup ont répondu qu'effectivement ils aimeraient bien. 3ème question : aimeriez-vous vivre dans un monde où tout le monde serait pareil ? Même couleur de peau, de cheveux, même langue parlée, tout identique, un monde de clones ? Réponse à l'unanimité : NON !

J'en ai donc conclu : "vous êtes donc bien d'accord que c'est la diversité des personnes qui fait qu'une société est intéressante, n'est-ce pas ?" Ils étaient d'accord...

De là nous leur avons proposé de découvrir le syndrome d'Asperger afin de pouvoir rentrer en relation avec leur camarade aspie.

La psychologue a proposé un exercice pratique. Elle a demandé à un élève assis au fond de la classe de lui dire ce qu'il pensait qu'elle voyait d'où elle était. C'est-à-dire, que cet élève, par un effort de pensée, se mette à la place de la psychologue pour voir. Il a donc décrit ce que la psychologue pouvait voir. Elle a expliqué que cette capacité de se mettre dans la peau de quelqu'un d'autre n'est pas évidente pour une personne avec syndrome d'Asperger, et notamment au niveau du décodage des émotions (empathie).

Puis elle a caché un stylo, a demandé à un élève de sortir, et a changé le stylo de cachette. Elle a demandé aux élèves où leur camarade pensait que le stylo était. A la première cachette bien entendu. (L'aspie aurait, fort probablement, répondu : à la 2ème cachette). L'élève sorti est rentré, il a cherché à la 1ère cachette mais se doutait bien que le stylo avait été changé de place. Le but était de faire comprendre à la classe qu'ils étaient tous capables de se mettre dans la tête de leur camarade à l'extérieur, qui ne savait pas que le stylo était dans une 2nde cachette.

Nous avons continué à présenter le syndrome d'Asperger, il y a eu beaucoup de questions et on sentait que la classe était vraiment intéressée pour mieux comprendre les bizarreries du camarade aspie.

"Qu'est-ce qui vous semble bizarre dans sa façon d'être ?" ai-je demandé.

"Il est bloqué sur ses idées et n'accepte pas de les changer, ou de se dire que c'est faux."

"Il a 2 centres d'intérêts et nous en parle beaucoup"

"Il nous insulte ou nous dit des choses qui nous font mal".

La psychologue a expliqué le manque d'empathie des aspies qui peuvent dire des choses qui font mal sans s'en rendre compte, et a également mentionné que ce jeune homme a eu un parcours mouvementé et donc a appris à se défendre. Concernant les gros mots, il a entendu les autres élèves en dire et a donc fait comme eux. La CPE a également évoqué le fait que beaucoup de personnes embêtent le jeune aspie qui est souvent fortement angoissé et perturbé. Il se rend régulièrement dans son bureau avec une anxiété marquée et visible.

"En cours il a du mal à écrire".

Oui, c'est un effort important pour lui. Les professeurs essaient de lui faciliter la tâche autant que possible, en lui distribuant des polycopiés, ou en faisant des contrôles oraux et non écrits.

Nous avons eu également plein de questions intéressantes :

"Est-ce que c'est une maladie qui s'attrape ?"

Ce n'est pas une maladie mais une différence de fonctionnement au niveau du cerveau. Ca ne s'attrape pas, on né aspie et on meurt aspie. Ca reste toute la vie, même si on peut améliorer ses capacités relationnelles avec les années.

"Mais est-ce qu'il pourra avoir une famille, un travail et tout ça ?"

Mais oui bien sûr ! Beaucoup de personnes avec syndrome d'Asperger ont une vie de couple, et une vie professionnelle. J'ai un peu raconté mes diverses expériences en entreprises.

"Il paraît que certains Aspergers sont très doués, comme Rain Man"

Oui, certains aspies ont des intérêts spécifiques dans lesquels ils excellent, mais ceci dit ce n'est pas le cas pour tous et Rain Man reste quand même un cas à part de génie autiste.

L'échange a été très intéressant. Il y a eu une réelle volonté des élèves de mieux comprendre la différence de leur copain. Certains sont même restés après la sonnerie pour continuer à discuter avec la CPE, la psychologue et moi.

Je remercie l'établissement pour cet accueil et pour la volonté à accepter et favoriser l'intégration des différences. Je pense que nous ferons une autre intervention suite au succès de celle-ci, dans le même établissement, pour approfondir le sujet.

Sur la photo ci-dessous, vous pouvez voir la psychologue Alexandrine Solenne et la CPE, avec un livre de Star Wars que l'aspie lui a prêté, juste pour aujourd'hui, en lui disant qu'elle pourrait le feuilleter si elle s'ennuie.

Sensibilisation dans un collège
Tag(s) : #Scolarisation, #Actualité

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