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Dialogue de sourds

Imaginons deux personnes aspies parlant "ensemble", chacune de son intérêt spécifique : il peut s'agir d'un dialogue de sourds, si leur objectif n'est pas d'être à l'écoute de l'autre mais d'émettre chacune un maximum d'idées en rapport avec leurs passions respectives.

Tony Attwood explique que "les Asperger font souvent preuve d'un enthousiasme remarquable pour leurs intérêts spéciaux. Ceci étant, ils peuvent ne pas comprendre que les autres personnes ne partagent pas le même niveau d'enthousiasme. Dans la mesure où les Asperger tendent à moins regarder l'autre personne lorsqu'ils sont entrain de parler, ils peuvent ne pas reconnaître les signes d'ennui ou ne pas être capables d'estimer si le sujet de conversation a une importance eu égard au contexte ou aux priorités de l'autre personne".

Ceci dit, comme le mentionne ma conseillère à l'emploi, "le dialogue de sourds est un syndrome social extrêmement répandu" ! Et si les aspies peuvent en être très touchés, les "neurotypiques" ne le sont pas moins. Beaucoup d'individus sont en effet dans la dynamique du "parlez-moi de moi, ça m'intéresse".

Si les aspies (et les surdoués) vont plutôt aimer exprimer leurs connaissances poussées sur leurs sujets de prédilection, les neurotypiques préfèrent majoritairement parler d'eux-mêmes et de leur environnement : famille, enfants, travail, tracas du quotidien, etc...

Là est la nuance, mais au final, le dialogue de sourds est présent partout. Nous aimons tous parler de ce qui nous intéresse, et éviter les thèmes qui ne nous concernent pas. Et ce qui nous intéresse en premier lieu c'est nous-mêmes.

Il est rare que nous soyons réellement à l'écoute les uns des autres, car la communication se fait en sélectionnant les informations qui font écho en nous. Une grande partie du message exprimé se perd.

Pour qu'un interlocuteur puisse saisir une proportion plus importante de la conversation, et garder un maximum d'éléments en mémoire, il faut que cela soit en lien direct avec ses schémas neuronaux habituels, et surtout ceux liés au cerveau limbique, le "cerveau des émotions". C'est-à-dire que pour capter l'attention d'un individu, lui faire un effet durable, il faut lui parler de ce à quoi il pense le plus (dans la mesure du socialement acceptable bien sûr !), de ce qui l'intéresse le plus. Il faut lui parler de lui...

Pour les personnes avec autisme, il est difficile de "se mettre dans la peau" d'un autre pour imaginer ce qui puisse être dit qui fasse plaisir, ou qui ait un effet favorable. Ayant un manque de Théorie de l'Esprit, elles vont avoir plus de mal à se glisser dans le désir d'autrui. Elles ont donc plus de probabilités d'être en mode "dialogue de sourds", mais, d'un autre côté, elles restent fidèles à ce qu'elles sont, libres de l'hypocrisie ambiante.

Que gardons-nous réellement en mémoire suite à une conversation ?

Que gardons-nous réellement en mémoire suite à une conversation ?

Tag(s) : #Réflexions personnelles

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